La parole à l'inconscient

PODCAST #9 – La main de Namilélé

Podcast #9 – La main de Namilélé

Retour en arrière.

Début 2016, je lance un nouveau concept : vivre et faire vivre des transes profondes somnambuliques en immersion à des personnes ne possédant comme expériences hypnotiques que les deux jours réalisés avec moi lors des formations Street Hypnose. Je l’ai nommé Hypnose Expérimentale. Comment laisser son inconscient, en totale immersion, prendre la parole. Pas symboliquement. Vraiment. L’inconscient PARLE. A haute voix.

J’aimerais partager avec vous un avis qu’un de mes stagiaire a laissé à propos de cette formation :

Avec Jean-Emmanuel on expérimente, on joue, on apprend à se redécouvrir sous un angle nouveau. Jamais à l’école, nous avait-on appris à jouir d’un mécanisme pourtant purement physiologique : l’hypnose. Je ne suis pas que mon cerveau analytique. Baignent en moi des millions d’autres ressources. Certaines se démarquent et peuvent même parler ma langue. Mieux encore, elles peuvent m’aider et me guider dans ma vie de tous les jours maintenant. Et c’est ce gugusse d’à peine 30 ans qui me l’a appris.

Pierre – stagiaire de la formation Hypnose Expérimentale

J’ai été d’autant plus touché par cette louange, qu’elle ne venait pas de n’importe qui. Trois jours plus tôt, j’avais en face de moi un ex-militaire avec en lui une grande dualité. Il venait pour dénoncer publiquement le charlot que j’étais. Il me l’a avoué lors d’un repas ensemble plus tard. Il venait tester par lui-même la tromperie que j’étais pour justifier sa vérité auprès de sa famille. Au fond de lui, pourtant, il mourait d’envie. De vivre l’expérience. Il attendait ce moment depuis des années, sans le savoir. Enfin, l’heure de vérité. L’heure où Pierre, cet aspirant dans l’armée de Terre, va partir à la rencontre de Jakob, son meilleur futur allié dans la vie. Vulgairement appelé jusqu’alors : son inconscient.

Il a découvert Jakob lorsque ce dernier eut fini d’écrire sur la feuille “B O K A J” en lettres majuscules et avec une écriture miroir. On voyait très bien écrit, de droite à gauche, JAKOB. J’entends encore Pierre exploser de rire en sentant la malice de son inconscient qui venait de lui jouer ce petit tour de passe-passe. Il était encore en train de répéter dans sa tête “Bokaj… Bokaj… C’est donc ça le nom de mon inconscient ?“, quand, interrompu par la demande de son partenaire d’ouvrir les yeux, il vit Jakob pour la première fois. D’abord par ces cinq lettres renversées parfaitement lisibles sur la feuille au milieu des gribouillis, et puis ensuite grâce à tous ces frissons de bonheur qui le traversèrent de la tête aux pieds, mêlés à une tristesse provenant du constat amer d’un certain nombre d’années perdues à jamais, parce que la rencontre n’avait pas encore eu lieu. Comme un Eureka un peu tardif et pourtant tellement bienvenu. A ce moment-là, il comprit. Non pas que l’hypnose existait. Mais qu’un autre que lui, tout aussi aimant, vivait en lui. Ce fut bizarrement aussi le jour où il arrêta de fumer, définitivement. Simplement parce que c’était Jakob qui le faisait fumer. La sensation du devoir accompli, Jakob savait, du haut de son rôle d’aspirant protecteur inconscient, que Pierre ne le laisserait plus jamais tomber. Ils avaient ri, et pleuré ensemble, comme seulement deux meilleurs amis le feraient.

Une révolution de ma compréhension de l’hypnose était en marche.

C’était la première fois que j’avais osé laisser Namilélé toucher un de mes stagiaires. Mon bras commença d’abord à se lever lentement dans les airs, tout seul. Peinant cependant à rendre les mouvements fluides et suffisamment amples, Namilélé me demanda ensuite de l’aide. C’était impossible pour lui tout seul. J’acceptai timidement de jouer le jeu. Après tout, je ne risquais rien. Pierre avait du mal à lâcher prise jusque-là. Il rouspétait contre lui-même de prendre trop de place. Avec toute la franchise du militaire débridé, il s’insultait de tous les noms, quelques fois à voix hautes, tant il ne comprenait pas pourquoi lui, contrairement à presque tous les autres, ne parvenait pas à laisser son Jakob s’exprimer à travers la parole. S’il avait eu un pistolet imaginaire, il se serait tirer une balle sur sa conscience pour laisser à Jakob plus de place. Il sentait cet amour infini émerger et restait frustré de ne pas réussir à le laisser s’exprimer. Je demandais successivement à Jakob et à Pierre s’ils étaient d’accord avec le fait que je mette mes mains sur ses épaules. Rassuré par ces deux “oui”, j’aidais Namilélé à poser ma main droite sur l’épaule droite de Pierre, en me positionnant derrière lui. Je sentis instantanément ses muscles se détendre. Je notais alors l’importance d’un contact rassurant pour détendre une personne. Observant par dessus ses épaules à mesure que ma main gauche rejoignait son épaule gauche, je pus lire : “maman” s’écrire doucement sur la feuille. Submergé par un assaut émotionnel d’une rare violence, Pierre s’effondra au sol, en position fœtale, et on l’entendit décharger une blessure émotionnelle d’une rare intensité. A 14 ans, il avait perdu sa maman dans un accident, et avait passé le reste de sa vie à enfouir cette détresse émotionnelle au plus profond de lui. Il s’était d’ailleurs mis à fumer peu de temps après son décès.

Jakob raconta qu’il était né ce jour-là dans le corps de Pierre. Afin de le protéger. Et qu’il avait besoin que Pierre sache la vérité de sa souffrance avant que Jakob ne puisse prendre la parole. Pierre refusa sagement d’approfondir l’exploration pour cette fois-ci. Il repartirait sans la capacité de laisser parler Jakob, mais avec la ferme intention d’y parvenir un jour.

Le moment qui m’a le plus surpris, c’est quand il m’a dit que c’étaient mes mains sur ses épaules qui lui avaient permis de s’autoriser à vivre pleinement ses émotions. Avec son côté brut de décoffrage que je lui reconnais, il me lança : “je sentais Jakob qui poussait, qui poussait, et j’te jure il galérait. J’avais la boule d’angoisse, là dans la poitrine, la nausée, j’te jure c’était fou. Et toi derrière t’arrives, tu mets tes mains, et baaaam j’me retrouve par terre à chialer comme un ado. T’as fait ça comment ? Tu peux m’apprendre ?

Alors, je t’explique, Pierre, moi, Jean-Emmanuel, ce jour-là, je n’ai rien fait. Je me suis juste dit que le contact de mes mains sur tes épaules avaient dû te donner une autorisation d’y aller plus facilement. Et que c’était Jakob, ton inconscient, qui avait tout fait. En plus, j’incarnais alors l’autorité du formateur. Et pour un militaire, l’autorité est une notion des plus essentielle je ne l’apprends à personne.

Et puis c’est arrivé une centaine d’autres fois, au moins. Je m’amusais presque à tester Namilélé, mais le con ne se plantait jamais. Alors soit j’avais sous-estimé la puissance de l’autorité, soit Namilélé était un génie qui trouvait à chaque fois subtilement le bon timing. Evidemment, j’ai toujours préféré la première solution. Pourtant, dès que je sentais l’envie de mettre les mains sur les épaules de quelqu’un en difficulté, il y avait de grandes chances pour que la personne s’ouvre tout de suite un peu plus facilement suite à mon contact. Et quand je le faisais de façon expérimentale sans la présence de Namilélé, il ne se passait rien. Au mieux, j’étais mal à l’aise de ce contact que je percevais comme intrusif. Parce que pas sincère. Pourtant, autant le conscient que l’inconscient me l’avaient autorisé, ce contact.

Je me suis finalement laissé convaincre par une troisième version le jour où Namilélé posa sa main dans mon dos. Il était derrière moi, debout, et pourtant je ne voyais que son bras. Fantomatique et infiniment lumineux à la fois, il me permit de lâcher prise encore un peu plus que d’habitude.

Depuis le début, j’étais en train de créer un outil pour moi. Pour mon propre lâcher prise.

Construire en Namilélé une autorité compétente dans l’apprentissage du lâcher-prise. Chaque fois que que Namilélé a aidé un stagiaire de par son toucher, je l’ai renforcé un peu plus dans ma reconnaissance de sa compétence. Jusqu’au jour où il a enfin pu poser sa main sur moi, parce que j’étais suffisamment mûr pour l’écouter véritablement.

Namilélé m’a touché, ce jour-là, avec sa main mais surtout avec son coeur.

J’ai passé ce contrat avec moi-même. Apprendre à mieux aider les autres pour mieux m’aider moi-même. Si j’oublie la seconde moitié de ce contrat, je suis foutu. Si je reste trop centré sur moi, cela ne fonctionne pas.

Et si un jour vous ressentez en ma présence autre chose que de la bienveillance, fuyez-moi, fous que vous seriez de rester à mes côtés.

A propos de l'auteur

Jean-Emmanuel

Jean-Emmanuel est le fondateur de la méthode HUNKAAR et continue chaque jour à expérimenter autour d'un thème qui lui est cher : le dialogue direct avec l'inconscient.

5 commentaires

  • Très touchant comme expérience… Ce serait donc ce Jakob, ce Namilélé, ou je ne sais qui (peut-être est-ce le même pour tout un chacun) qui agit lorsque je pars en roue libre dans les accompagnements, cette “entité”, qui crée l’impalpable l’inexplicable, l’autorisation de se libérer… Je vous découvre depuis peu, et trouve vos récits inspirants. Merci !

  • Bonjour Manu, j’ai toujours eu la sensation d’une bienveillance en ta présence. Nous avons tous, les 2 côtés (ombre et lumière). Quand tu es en séance ou formateur, j’ai le sentiment que toi et Namilélé êtes en harmonie pour apporter le meilleur et surtout ce merveilleux côté lumineux. Nous (moi et Joshua et les autres…) vous en remercions tous les 2.
    Merci et à la prochaine écoute.

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