L'hypnose qui donne la parole à l'inconscient

Le signaling pour les praticiens en hypnose

Cet article est inspiré du livre intitulé « Experiencing Hypnosis » publié par Milton H. Erickson et Ernest Rossi en 1981.

Dans l’article sur l’histoire du signaling, nous avons vu que c’est à l’été 1923 qu’Erickson découvrit réellement l’écriture automatique et son intérêt pour la mise en transe profonde somnambulique. Et bien que ce fut un succès, Erickson regretta la lenteur de l’outil, et avec les années, entreprit une évolution vers la création d’un signaling avec une feuille et un stylo, dont les mouvements horizontaux ou verticaux pour répondre respectivement « oui » et « non » permettaient un meilleur apprentissage de l’écriture automatique.

L’évolution logique fut ensuite la considération du mouvement idéomoteur comme seul levier vers l’approfondissement de la transe, tout en conservant cette communication privilégiée avec l’inconscient.

Comment poser un bon signaling ?

Selon Erickson

L’article faisant foi pour Erickson et dont il parle beaucoup à ce sujet est un article écrit par LeCron en 1954 qui détaille sa méthode pour instaurer un bon signaling pertinent et fiable : « a hypnotic technique for uncovering unconscious material ». Je vous en donne ici un extrait.

On doit dire au patient hypnotisé que des questions lui seront posées et que l’inconscient pourra y répondre en faisant bouger ou trembler l’index de la main droite pour indiquer la réponse « oui », et l’index de la main gauche pour indiquer la réponse « non ». (Si le patient est gaucher, il est préférable d’inverser). Si la réponse à une question posée venait à ne pas être connue par l’inconscient, le pouce de la main droite pourra être levé. Si l’inconscient venait à ne pas vouloir répondre à une question, le pouce de la main gauche pourrait être bougé. Ce dernier mouvement est très important parce qu’il élimine en générale toutes les résistances qui auraient pu empêcher les autres réponses sinon… En plus des signalings proposés au niveau des doigts, l’inconscient pourra réaliser un autre mouvement permettant de prévenir le thérapeute que le conscient est en train d’interférer et de saboter les réponses. On peut simplement suggérer qu’une main, peut-être la droite, se lèvera si à n’importe quel moment une fausse réponse est donnée par les doigts (ou verbalement). Il doit être précisé qu’un tel mouvement de main devra être amorcé sans que le patient n’en soit conscient.

The hypnotized patient can be told that questions are to be asked and that the unconscious can reply to them by lifting or wiggling the right forefinger to indicate a « yes » answer, the left forefinger for a « no » answer. (If the patient is left-handed, this should preferably be reversed.) If a question is asked to which the answer is not known by the unconscious mind, the right thumb is to be lifted. If the question is one which the unconscious does not wish to answer, the left thumb is to be moved. This last is very important as it will usually eliminate resistances which might prevent any response otherwise. . . . In addition to the suggested finger responses, conscious finger movements made to falsify and conceal can be made known to the therapist by means of some unconscious movement. This can be accomplished by suggesting that one hand, perhaps the right, will lift if at any time a false answer is given by the fingers (or verbally). It should be stated that such a hand movement will occur without the patient being aware of its being made.

Erickson appuie ce propos en insistant sur le fait que le signaling ne nécessite pas une mise en transe formelle avant. L’attention requise par le patient est déjà une induction de transe en soi. Même avec des nouveaux sujets n’ayant jamais été hypnotisés auparavant, Erickson posait le signaling d’entrée de jeu. En revanche, il insiste sur la nécessité d’apprentissage et de répétition pour bien maîtriser le signaling. Les premiers mouvements sont souvent lents et hésitants. Le doigt tremble légèrement, et il bouge curieusement vers le côté, vers le majeur. Ces mouvements font partie des critères qui valident la réalité de l’automatisme de la réponse. Les mouvements trop fluides, surtout en début de séance, sont plutôt d’origine consciente et le thérapeute doit intervenir pour questionner le patient sur l’origine du mouvement. Il est néanmoins possible que des sujets très réceptifs aient des mouvements fluides très inconscients dès le début de la séance. C’est juste plus rare.

Erickson rappelle l’importance de préciser au sujet qu’il doit prendre tout son temps et attendre que les doigts bougent par eux-même.

Selon Rossi

Utilisation des mains aimantées

Nous savons qu’une force magnétique peut faire soit rapprocher soit éloigner deux choses entre-elles, et il en va de même avec l’inconscient. Alors on peut utiliser ce mouvement de main pour demander à votre inconscient une question importante. Et si votre inconscient veut dire « oui », vous sentirez ces mains attirées l’une contre l’autre ; si votre inconscient veut dire « non », vous sentirez ces mains se repousser. Vous devez simplement laisser votre inconscient bouger ces mains toutes seules d’un côté ou de l’autre.

We know a magnetic force can pull things together or push them apart, and it’s the same with the unconscious. [..] We can use that hand movement to ask your unconscious an important question. If your unconscious wants to say yes, you will feel those hands pulled together. If your unconscious wants to say no, you will feel those hands being pushed apart. You simply let your unconscious move those hands either way.

Derrière cette apparente simplicité se cache un effet très puissant : le double lien. Quelle que soit la réponse, oui ou non, un phénomène idéomoteur apparaîtra. Et qui dit phénomène idéomoteur, dit approfondissement de la transe. Donc même quand Rossi pose ensuite sa question fétiche : « est-ce que ce serait OK pour votre inconscient de vous permettre de rentrer dans une profonde et confortable transe thérapeutique ? », l’inconscient peut tout à fait répondre « non » et malgré tout la transe va s’approfondir. La réponse « non » devra ensuite être explorée davantage comme une forme de résistance au lien thérapeutique que d’une absence réelle de transe, vu que le mouvement idéomoteur valide la transe.

Rossi rapporte le cas de quelques sujets sceptiques qui reprennent alors le contrôle des mains consciemment au moment où la réponse s’apprête à être donnée pour justement empêcher la mise en transe. C’est une très bonne chose. Il suffit juste de rassurer, et de demander à la personne de remettre les mains en position de départ. A croire que notre société d’aujourd’hui a évolué ou que je les attire, j’ai ce genre de personnes très très très régulièrement dans mes séances. Au début, cela me faisait peur. Désormais, j’adore ! A chaque fois qu’elles se reconnectent, j’utilise le retour du phénomène idéomoteur comme un fractionnement (l’entrée et la sortie de transe utilisée pour favoriser l’approfondissement de la transe).

Que faire quand cela ne fonctionne pas du premier coup ?

Si cela ne fonctionne pas du tout…

Quand les mouvements n’apparaissent toujours pas au bout d’un moment, le thérapeute peut peut-être noter malgré tout des tremblements ou des petits spasmes sur le dos de la main. On doit alors le faire savoir au sujet, à qui on propose de se relâcher davantage et d’apprendre petit à petit à lâcher prise sur les mouvements de doigts.

Quelquefois, on peut proposer au sujet « d’aider » le doigt à se lever en le bougeant volontairement les premières fois, dès lors qu’il perçoit cette sensation que le doigt veut bouger par lui-même [note de Jean-Emmanuel : mais qu’il n’y parvient pas]. Durant l’apprentissage du signaling par les doigts, les sujets ressentent en effet souvent d’abord la sensation que le doigt « veut répondre » et bouger. Ces sensations peuvent tout à fait être encouragées durant toute la phase d’apprentissage des mouvements de doigts.

When movements do not appear after a few moments, the therapist may notice that there is nonetheless some trembling or twitching on the back of the hand. This should be pointed out to the subject, who is enjoined to relax and learn to let the finger go. Sometimes the subject may have to « help » the finger lift by moving it voluntarily the first few times, when it feels as if it wants to move up by itself. In their learning of finger signaling, subjects often first feel an ideosensory response in the finger that « wants to » lift. These ideosensory responses can be encouraged as an initial stage of learning finger movements.

L’hallucination du mouvement précède toujours le mouvement. C’est une phrase que répète souvent Erickson pour dédramatiser l’absence de mouvements idéomoteurs. Le simple fait qu’il y ait « l’impression que » le doigt va bouger est déjà une victoire. La patience et l’encouragement viennent ponctuer cette réussite d’un vrai mouvement, in fine.

L’inconscient répond ailleurs, pourquoi ?!

Utilisant moi-même cet outil au quotidien, je constate souvent que malgré des réponses bien déterminées au départ (tel doigt pour oui, tel doigt pour non, choisis par l’inconscient lui-même ou par le thérapeute), il arrive souvent que d’autres doigts se mettent à bouger sans qu’ils n’aient un sens quelconque. Erickson rappelle alors l’intelligence de l’inconscient et sa capacité à pouvoir verbaliser d’autres formes de réponses comme « peut-être » ou « je n’ai pas compris la question » ou « ta question est mal posée, je ne peux répondre ni par oui ni par non ». Cheek et LeCron ont beaucoup étudié ces phénomènes et en sont arrivés à la conclusion que la plupart du temps, c’est que la question est mal formulée. Il suffit alors de la reformuler différemment afin d’éviter au maximum les sens implicites et les possibles interprétations.

D’autres fois, ces réponses surprenantes valident un changement d’état émotionnel interne. Comme si une partie venait s’exprimer en plus de « l’inconscient » présent dans les doigts. Il suffit d’enquêter auprès du sujet sur ce qui lui vient intuitivement et valider avec cette partie ou l’inconscient la pertinence de la verbalisation.

Vérifier la qualité du signaling

Dans le but de vérifier l’automatisme du signaling idéomoteur et son origine inconsciente, Erickson (« senior author » dans la version originale) croit que les patients devraient être en transe ou distraits d’une manière ou d’une autre afin de les empêcher d’observer leurs propres mouvements.

The senior author believes that for such ideomotor signaling to be truly autonomous and unconscious, patients should be in trance or distracted in one way or another so they will not have an opportunity to observe their own movements.

« Information Processing Analysis of the Chevreul Pendulum Illusion – Shor et Easton – 1975 » est une étude parmi d’autres qui valide scientifiquement la véracité de l’idéomotricité en testant les possibles interférences conscientes (visuelles et auditives) et inconscientes (imagination) qui peuvent créer -ou amplifier- arbitrairement un mouvement idéomoteur. Une de leurs conclusions est que des stimuli visuels et auditifs peuvent contaminer le mouvement idéomoteur en l’amplifiant. Ce qui explique la remarque pertinente d’Erickson. L’autre de leurs conclusions est qu’en absence de tout stimulus visuel, auditif ou même sensoriel (les sujets avaient de gros gants et on leur cachait la vue du pendule qui servait de test idéomoteur), le mouvement peut continuer à se produire sans qu’il n’y ait aucune conscience du mouvement, même s’il est alors un peu affaibli.

Erickson entreprit alors d’utiliser une autre forme de signaling, cachée, sans jamais prévenir le conscient des réponses de son inconscient. Exemple : hochement de la tête provoqué par l’inconscient pour affirmer ou infirmer une proposition faite par Erickson. C’est une technique très complexe, parce qu’il y a mille et une façons de confondre et interpréter un geste anodin avec une réelle réponse de l’inconscient.

L’approfondissement de la transe stuporeuse par le signaling

Le thérapeute peut simplement demander au sujet s’il voudrait aller encore plus profondément dans un état de relaxation ou d’absorption interne. Si un signal « oui » est reçu, le thérapeute dit au sujet de continuer à aller plus profondément en transe jusqu’à que l’inconscient soit satisfait de l’état de confort obtenu et qu’il donne un signe « oui ». Le thérapeute peut alors utiliser toute autre approche plus classique pour approfondir davantage la transe (lévitation de main, fermeture des yeux, descendre un escalator, lourdeur des membres, etc.) et utiliser le signaling idéomoteur comme vérificateur de l’efficience de chaque procédure d’approfondissement.

The therapist can simply ask if the subject would like to go more deeply into a comfortable state of relaxation or inner absorption. If a positive signal is received, the therapist tells the subject to continue going more deeply until the unconscious is satisfied with the state of comfort and to give a positive signal when that state is reached. The therapist can then utilize any of the other classical approaches to deepening trance (hand levitation, eye closure, a ride down an escalator, heaviness or warmth of limbs, etc.) and use ideomotor signaling to monitor the effectiveness of each procedure for deepening.

La clé est de toujours chercher à obtenir un FEEDBACK (retour d’information). Quoi qu’il se passe, le feedback de l’inconscient est essentiel. Quoi que vous fassiez, demandez à l’inconscient ce qui fonctionne le mieux pour lui, voire ce qui fonctionne tout court. Ne vous fiez pas simplement à ce que vous ont dit vos formateurs (moi y compris !), validez toujours avec l’inconscient.

L’approfondissement de la transe somnambulique par le signaling

Rossi propose une astuce (validée plus tard par David Cheek également dans ses travaux) qui permet d’approfondir la transe plutôt dans une orientation somnambulique (éveil de l’inconscient qui suit ou remplace l’endormissement de la conscience) : proposer au conscient de chercher à interférer avec les phénomènes idéomoteurs inconscients.

Cet exercice peut être présenté de cette manière : « nous allons demander à votre inconscient de tout faire pour que les mains se rapprochent, tandis que vous allez, consciemment, chercher à mettre une opposition pour que les mains s’écartent ». On peut ensuite encourager l’inconscient à se développer davantage jusqu’à l’emporter, validant ainsi un état de transe hypnotique assez profond.

Pour utiliser au quotidien cette technique, je vais me permettre de rajouter quelques informations que je juge pertinentes :

  1. Si le conscient lutte et l’inconscient gagne malgré tout, la transe somnambulique va se dessiner en quelques (dizaines de) minutes seulement et l’inconscient va pouvoir prendre possession de tout le corps très rapidement. Il y a une connotation très « active » dans la présence de l’inconscient et autant l’utiliser.
  2. Si le conscient ne lutte pas du tout et laisse l’inconscient gagner petit à petit, on va se diriger vers une séance plus passive, durant laquelle l’inconscient va « faire » en arrière-plan et le conscient juste « laisser faire ».
  3. Si le conscient lutte graduellement, par intermittence, pour tester son inconscient tout en le laissant bouger, la séance se déroulera très bien également et il y aura peut-être juste besoin d’un peu plus d’entraînement au lâcher prise.
  4. Si le conscient lutte en reprenant le contrôle physique des mains sans laisser aucune place à son inconscient, il sera intéressant de poser des questions à l’inconscient sur les potentielles résistances qui y sont liées.

Tester la profondeur de la transe grâce au signaling

J’entends souvent des praticiens en hypnose demander « comment fait-on pour vérifier que le client est bien en transe ? Et comment fait-on pour savoir à quelle profondeur de transe il est ? », et ma réponse se limite généralement à : « as-tu demandé à l’inconscient ? », tout simplement.

Erickson donne une technique que je trouve extraordinaire dans l’état d’esprit, mais que j’utilise au final très peu en formation ou avec mes clients. Pour la simple et bonne raison qu’elle demande beaucoup de temps à être installée et que nous vivons dans une époque différente d’Erickson qui lui avait du temps, beaucoup de temps, à consacrer à ses patients. En cas de doute sur la profondeur de transe, cet outil reste le meilleur et le plus simple pour la vérifier.

On propose à l’inconscient une mesure de la profondeur de transe qu’il pourra exprimer à travers l’utilisation des doigts, de l’index à l’auriculaire. Et on lui explique en quelques mots cette graduation.

  • L’index (0-25%) : légère transe avec de la relaxation, du confort, des sensations internes, et tout juste le signaling possible.
  • Le majeur (25-50%) : un état confortable avec une passivité plus grande où les sensations, les pensées, les couleurs et tout ce qui traverse l’esprit se fait de façon très automatique. Les phénomènes hypnotiques validant la transe peuvent être expérimentés assez simplement (mouvements idéomoteurs, catalepsies, perceptions sensorielles altérées etc.).
  • L’annulaire (50-75%) : un état de réceptivité bien établi où le sujet est prêt à s’engager dans des phénomènes plus personnels et intimes (mémoires qui remontent à la surface, régressions en âge partielles etc.). Ces événements prennent place automatiquement, même si l’égo peut encore les observer, et la personne hypnotisée peut avoir une amnésie de la séance à la sortie de la transe. Elle ressortira alors très surprise de la profondeur de la transe dans laquelle elle était. La thérapie ne devrait pas commencer avant cette profondeur de transe.
  • L’auriculaire (75-100%) : les personnes hypnotisées racontent une perte de conscience sur une partie de la séance. Elles étaient soit endormies, soit en train de rêver très loin, soit simplement sorties de leur corps. Elles ne se souviennent de rien de ce que le thérapeute a pu dire, alors même qu’elles répondaient correctement aux différentes interrogations (ce passage est important, sinon, la personne dormait vraiment et il n’y a aucun intérêt).

Erickson insiste sur l’importance du signaling comme mesure de la profondeur de l’état de transe, en substitution aux phénomènes hypnotiques qu’il appelle des « challenges autoritaires ». Exemple : « tu ne peux plus décoller tes mains » n’est pas une suggestion évidente à poser dans un cadre médical on le comprend tous bien. Ce n’est pas pour autant que l’on doit se séparer de méthodes permettant de tester, et ainsi valider, la profondeur de la transe.

La thérapie par le signaling

Les signalings idéomoteurs étaient utilisés par Erickson pour faire remonter des mémoires inconscientes de manière beaucoup plus rapide qu’avec les approches psycho-analytiques classiques.

Il démontre l’intérêt suprême du signaling en thérapie à travers une anecdote, une séance qui s’est déroulée devant un public d’étudiants en médecine (Informal Meetings with Medical Students – 1945), durant laquelle deux jeunes femmes affirment toutes les deux n’avoir absolument rien à exprimer de déplaisant sous hypnose. En gros, je vais bien, tout va bien. Erickson met alors en place un signaling sur les deux femmes et dans un cas l’inconscient confirme la déclaration du conscient, et dans l’autre cas l’inconscient infirme les propos du conscient. A ce moment-là, cette jeune femme est incapable de savoir pourquoi son inconscient la contredit. Elle persiste n’avoir rien de négatif dans son esprit.

Erickson commente alors : « cette personne n’a absolument pas conscience de ce qui se joue à l’intérieur d’elle. Il y a un mouvement de la main. Quelque chose s’est passé à l’intérieur d’elle qui lui fait réaliser qu’il y a quelque chose de déplaisant. Je ne l’ai ni persuadé, ni dirigé, d’un côté ou de l’autre. J’ai juste créé une situation me permettant de poser la question, et elle a vu sa main droite se lever (celle voulant dire qu’elle avait quelque chose de négatif à l’intérieur d’elle), et elle est simplement consciente de la réponse « oui » faite par sa main, et si elle la croit, elle a forcément quelque chose de déplaisant à faire remonter. Pourtant elle n’a rien qui lui vient à l’esprit. »

Erickson propose ensuite à l’inconscient de cette dernière de faire remonter à la conscience des mémoires qui pourraient expliquer cette ambivalence, cette non-congruence. Il utilisa enfin l’écriture automatique pour obtenir les informations adéquates. C’est beaucoup plus simple de laisser l’inconscient répondre avec un stylo et une feuille dès lors qu’il s’agit d’informations un peu plus complexes à faire remonter au conscient.

Le signaling dans la vie de tous les jours

Il y a une généralisation du signaling idéomoteur qui prend place tout à fait naturellement, comme n’importe quel autre apprentissage. Les patients reporteront quelquefois avec amusement qu’ils ont ressenti par surprise des signalings se mettre en place, quand ils rêvassaient, lisaient, écoutaient de la musique, conduisaient leur voiture ou juste avant de s’endormir. En d’autres termes, des signalings idéomoteurs spontanés ont tendance à se mettre en place durant toutes ces périodes d’absorption au cours de la journée que nous avons appelé « les transes communes de la vie quotidienne ».

There is a generalization of ideomotor signaling that takes place just as naturally as any other form of learning. Patients will sometimes report with some amusement that they found ideomotor signaling taking place unexpectedly when they were daydreaming, reading, listening to a lecture or music, driving their car, falling asleep, etc. That is, spontaneous ideomotor signaling tends to take place on those occasions when people experience throughout the day those short periods of self-absorption that we have called the « common everyday trance ».

Petit rappel au passage, ces « transes quotidiennes » ne sont pas des transes hypnotiques selon Erickson, tout au plus des passerelles.

Sentir un spasme dans mon petit doigt au moment où je relis et traduis cette phrase nous rappelant l’importance de garder une communication ouverte avec son inconscient, c’est comme si mon inconscient s’exclamait bien fort à l’intérieur de moi : « ça, oui ça, cette phrase, elle est importante, même pour toi !!! », et ça n’a pas de prix. Cela crée un lien indélébile entre le corps et l’esprit, un rapport de jeu, mais aussi un rapport thérapeutique et spirituel profond. J’en ai rigolé, le coquin, et en même temps cela m’a touché, cette capacité à se montrer présent à mes côtés au quotidien.

Et pour les personnes incapables d’un tel signaling au quotidien, Erickson a pensé à tout :

Le signaling idéosensoriel peut être utilisé comme un pont vers le processus de communication avec son propre inconscient. Souvent, les réponses idéosensorielles [note de Jean-Emmanuel : il s’agit le plus souvent de sensations physiques internes, de perceptions ou d’émotions induites par l’inconscient] arrivent les premières, comme des signaux primitifs somatiques qui viennent d’un niveau inconscient. Une fois reconnus, ils aident l’individu à devenir conscient d’un processus qui cherche à remonter à la conscience. Ces signaux aident les individus à reconnaître que quelque chose d’important est en train de se passer même s’ils ne savent pas encore de quoi il s’agit. En conséquence, la personne devrait faire une petite pause et chercher à percevoir de nouvelles sensations ou des processus cognitifs qui mériteraient une attention particulière.

Partant de ce point de vue, nous voyons comment le signaling idéosensoriel se fond dans l’environnement émotionnel, d’une part, et dans la réponse psychosomatique, d’autre part.

Tous les symptômes somatiques d’anxiété, par exemple, peuvent être pris comme une forme de signaling idéosensoriel.

Ideosensory signaling can be understood as middle station in the communication process. Ideosensory responses may be the first, primitive somatic signals coming from an unconscious level. Once recognized, they help the individual become aware of something that is in the process of reaching consciousness. These signals help individuals recognize that something important is happening even if they don’t know exactly what. Thus, the person should pause for a moment and be receptive to new feeling or cognitive processes that require attention. From this point of view it can be seen how ideosensory signaling merges into the province of emotions, on the one hand, and psychosomatic response, on the other. All the somatic indications of anxiety, for example, can be taken as forms of ideosensory signaling.

Quoi de plus beau que de se diriger vers son travail un matin, et ressentir soudainement une énorme boule au ventre inhabituelle qui nous paralyse ? Ironie mise à part, certains vont prendre un médoc et renfouir, d’autres vont saisir cette occasion pour enquêter, pour peut-être se rendre compte… qu’ils ont omis une information importante dans le cadre de la journée qui s’annonce. Merci inconscient pour le signaling idéosensoriel. Histoire vraie. Ensuite, on travaille petit à petit à favoriser les signaux idéomoteurs et les signaux idéosensoriels « sains », ceux qui ne se sentent pas obligés de faire mal pour être entendus. Et, par conséquent, qui n’ont pas besoin de faire mal pour être entendus. La somatisation diminue à mesure que l’on devient plus à l’écoute de son inconscient.

Dans la méthode HUNKAAR, nous incluons cette approche d’Erickson tous les jours de notre vie. Dès lors que nous vivons un symptôme un peu différent, une anxiété, un stress, une peur, nous faisons une pause et partons à la recherche du message inconscient qui se cache derrière. Certains s’en amuseraient, d’autres tourneraient ça au ridicule, alors il vaut mieux le faire chez soi, discrètement. Toutefois, il est important de ne pas fuir ces signaux dès lors que l’on est à la recherche de son apaisement intérieur véritable et profond.

Et si chacun de nos symptômes désagréables au quotidien était finalement un message caché important de notre inconscient ?

Et pour résumer le processus d’autonomisation mis en place pour tous nos clients avec la méthode HUNKAAR : pratiquer le signaling idéomoteur aussi souvent que possible, et être à l’écoute des signalings idéosensoriels le reste du temps.

La mise en garde d’Erickson

Quelle validité peut-on donner aux réponses obtenues par un signaling idéomoteur ? Beaucoup de choses ont été dites sur le fait de demander à l’inconscient de lever la main droite pour répondre oui, et de lever la main gauche pour répondre non, sur le fait de rechercher des informations dans l’inconscient en s’adressant à lui comme une entité qui peut donner des informations crédibles. La question est posée : à quel point est-ce fiable ?

Sa fiabilité est proportionnelle à votre capacité à comprendre la situation dans laquelle vous vous trouvez.

What is the validity of ideomotor signaling? A great deal has been said about asking the unconscious to lift the right hand if the answer is Yes and to lift the left hand if the answer is No, to seek further information from the patient’s unconscious as an entity that can give reliable information. The question is asked, how valid is that? It is only as valid as is your capacity to understand the situation that you are dealing with.

Aucun outil n’est à 100% fiable. Le signaling non plus. Il ne s’agit pas de poser des questions à l’inconscient comme s’il s’agissait d’une entité omnisciente et omnipotente. Toutefois, on ne devrait jamais enlever l’énorme potentiel du signaling à faire ré-émerger des mémoires, refoulées, qui paralysent nos comportements au quotidien sans que nous le sachions.

Et plutôt que d’orienter seulement la thérapie vers la solution recherchée, orienter la thérapie davantage vers la réparation intérieure. C’est le sujet du prochain article qui viendra terminer cette trilogie sur le signaling made in Erickson.

A propos de l'auteur

Jean-Emmanuel

Jean-Emmanuel est le fondateur de la méthode HUNKAAR et continue chaque jour à expérimenter autour d'un thème qui lui est cher : le dialogue direct avec l'inconscient.

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